NOUVEAUX MOUVEMENTS RELIGIEUX ET SECTES

INTRODUCTION

- Le sujet est ambitieux : il touche à la situation spirituelle de notre époque.
- Le titre d'abord : nouveaux mouvements religieux pour distinguer des sectes ; on pourrait aussi parler de nouvelles religiosités, de nouvelles spiritualités.
- Un sujet où beaucoup de gens ne comprennent plus grand chose : les repères sont flous, le pluralisme veut que tout soit possible et se valle, l'analphabétisme religieux est immense, le monde des sectes et des nouveaux mouvements religieux est foisonnant (tous les jours des naissances et des morts ; on en comptait ces dernières années autour de 800 déclarations par an).
Mon but ce soir :
- mieux appréhender ce que l'on met aujourd'hui sous des mots comme spiritualité, religion, religiosité, sectes… étape de description et diagnostic, une sorte d'état des lieux ;
- vous proposer une mise à plat du mécanisme d'exploitation sectaire de la situation actuelle : étape d'analyse de l'utilisation et du statut de la parole ;
- un discernement : chances et difficultés des sectes et nouveaux mouvements religieux ;
- une société malade interpelle la foi chrétienne.

1. LE NOUVEAU PAYSAGE RELIGIEUX
11. Une situation neuve et déconcertante
- On attendait pour le 21e siècle un homme incroyant et sécularisé, alors que ressurgit un homme religieux mais non-chrétien.
- Il serait plus juste de parler d'une situation paradoxale :
. d'un côté, un homme de plus en plus incroyant ou athée, s'enfonçant dans la recherche matérialiste de la seule prospérité et du consumérisme,
. et de l'autre un homme de plus en plus religieux, se donnant anxieusement à la recherche de sens, d'intériorité, de méditation et de prière.
- Paradoxe qui pour une part trouve sa résolution de la manière suivante : le consumérisme devient lui-même une nouvelle religion qui dérobe peu à peu le sacré aux religions historiques : avec ses temples de la consommation, sa religion du marché, sa soumission quasi-religieuse aux lois économiques, ses fêtes religieuses transformées en fêtes de la consommation (Toussaint-Halloween, Noël-fête de l'enfance…).
- Tous les pays d'Europe possèdent l'éventail quasi-complet des religions du monde.
- Début d'une sorte de religion mondiale fondée sur une religiosité immédiate, sur une expérience religieuse de première main où chacun décide librement quel est son Dieu.

12. Une nouvelle religiosité
- On entend par là, une attirance pour les questions religieuses en général avec ou sans adhésion formelle à une religion précise. Elle tend à prendre la place du Christianisme.
- Dans un contexte de post-modernité : faillite des grandes idéologies, insatisfaction née du matérialisme au quotidien, vide du politique peu crédible et incapable de fournir des raisons d'espérer.
- Fruit de la sécularisation : Dieu a été mis entre parenthèses, rejeté dans la vie privée, hors du champ social (cf. une certaine laïcité). Ce rejet se paie : ce sont les NMR et les sectes qui ont pris la place. A l'Ouest, ils répondent à une liberté devenue trop lourde à porter ; à l'Est à un vide trop grand après l'effondrement du système communiste. On parle de " retour ", il vaudrait mieux parler de " ré-émergence " du religieux.
- Cinq caractéristiques :
. Une religion post-coloniale : contre-mission des religions orientales en réponse aux missions chrétiennes dans les pays colonisés (Orient, hindouisme, bouddhisme) ; le Yin-Yang remplace le crucifix.
. Une religion post-illuministe : successivement dans notre histoire, le primat de la raison (la philosophie des Lumières), parallèlement le mythe rosicrucien inspiré des Templiers, la franc-maçonnerie (début 18e s), l'illuminisme (Emmanuel Swedenborg) ; le magnétisme (Frank Mesmer, les magnétiseurs, rebouteux et guérisseurs) ; le Sturm und Drang allemand et le romantisme (fin 18e et début 19e s) ; l'ésotérisme avec l'occultisme (Eliphas Levy), le spiritisme des sœurs Fox et d'Allan Kardec (seconde moitié du 19e s) ; la Théosophie (Elena Blavatsky) ; l'anthroposophie (Rudolph Steiner) ; et depuis 1960 , le Nouvel-Age écologique, mystique et global véhiculé par l'Alchimiste (Paul Coelho), Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter et bien sûr Da Vinci Code.
. Une religion post-chrétienne : les NMR et les sectes vont toujours puiser dans la Bible mais pour reconstruire une Eglise (la leur, la seule vraie) et un Jésus-Christ qui est moins le Fils de Dieu qu'une Energie cosmique ou une Energie vitale universelle.
. Une religion post-confessionnelle : pas de confession de foi (credo), liberté de choix doctrinal, toute vérité est relative : " toutes les religions se valent ", double appartenance, tolérance jusqu'à l'intolérance.
. Une religion post-sécularisée : en réaction à l'élimination de Dieu, recherche fanatique de sécurités définitives, prosélytisme actif, campagnes intensives d'évangélisation, liturgies de guérisons remèdes à l'anonymat de la société de masse.

13. Vers une religion mondiale
- Non pas organisée ou institutionnalisée, mais articulée autour de quelques grandes intuitions (le voyage vers le Moi intérieur, l'harmonie avec la Terre-Mère…).
- Une religion en réseaux : fondamentaliste, pentecôtiste, New Age, néo-traditionnel, ésotériste…, " penser globalement, agir localement " (devise du Nouvel Age). Ces réseaux s'emboîtent dans d'autres réseaux : celui des spiritualités alternatives, des médecines alternatives, des politiques alternatives : l' " écologie profonde ", le " biocentrisme "…
- Une religion à visée utilitariste : où l'on veut immédiatement trouver satisfaction à son besoin personnel, son salut psycho-écolo-somatique. Une religion plus individualiste, plus narcissique aussi ; sur cet axe on prédit le dépassement du New Age en un " Next Age "…
- Une religion qui s'appuie sur une nostalgie des origines, le rêve d'un âge d'or ; retour aux textes fondateurs, à une " religion éternelle " ou " une tradition primordiale " qui aurait été révélée aux tout débuts de l'humanité mais aurait ensuite été cachée par l'Eglise (théorie du complot).

14. Déplacement de la religion vers la spiritualité
- Il s'exprime à travers des changements révélateurs :
. Fragmentation accrue du " religieux " en tous pays : les liens entre membres des communautés sont assez lâches, nombreux contacts avec les autres religions, tolérance religieuse, libéralisme doctrinal.
. Revendication d'autonomie personnelle, surtout en morale : chacun fonde ses choix moraux sur ses besoins et désirs personnels.
. Recherche d'accomplissement personnel : développement du potentiel humain, psychotechniques de concentration, de relaxation.
- Une quête qui est moins une religion qu'une spiritualité qui relève du cœur, qui se centre sur les profondeurs de la conscience identifiée avec l'Absolu car elle comporte une étincelle du divin. Prise de conscience chez beaucoup de leur potentiel divin, " trans-personnel ".Après avoir connu avec la sécularisation un " désenchantement " du monde, on assisterait aujourd'hui à un " ré-enchantement " du monde.
- Cette quête exprime un immense besoin de se réconcilier avec l'être profond, de dépasser les ruptures en soi-même et avec les autres, elle prend alors l'allure d'une thérapie. Elle vise aussi la transformation du monde par développement de la conscience mondiale qui donnera naissance à une nouvelle humanité.
- Cette spiritualité se développe " hors Eglise ", refuse les grandes religions, et prévoit un affrontement entre les " hommes spirituels " et les " hommes de la religion ".
Nous sommes donc devant un nouvel environnement spirituel où une majorité d'Européens se considèrent comme " croyants ", " religieux " (les pourcentages tournent autour de 60%) ; mais cette majorité devient minoritaire lorsqu'il s'agit de croire en un Dieu personnel, à la résurrection après la mort, et lorsqu'il s'agit de pratiquer le dimanche (de 30 à 5%).

2. SON EXPLOITATION PAR LES SECTES

21. L'entrée en scène des sectes
- L'utilisation du terme " secte " est difficile .
- Deux vagues bien distinctes, dans leur chronologie comme dans leur origine et contenu :
. Au début du 20e siècle :
des mouvements religieux issus du protestantisme et des pays anglo-saxons (Témoins de Jéhovah, Mormons, Pentecôtistes, Mennonites, Adventistes, Baptistes…) ; avec des groupes de mouvance catholique ou pseudo-catholique, ils forment le tronc judéo-chrétien. Souvent millénaristes ou guérisseuses
Beaucoup aujourd'hui ne méritent plus le qualificatif de " secte " ; un discernement est nécessaire.
On rejoint ici un type étymologique de définition de la secte : du latin " sequor " (suivre) et " secare " (couper) : groupes dissidents et contestataires de la doctrine officielle.
On rejoint également l'approche sociologique de Max Weber : par opposition à la " grande Eglise ", la secte est un groupe contractuel qui met l'accent sur l'intensité de la vie de ses membres. Et celle d'Ernst Troeltsh : contrairement à l'Eglise qui s'adapte à la société, la secte se tient en retrait par rapport à la société globale et tend à refuser tout lien avec elle.
. A partir des années 1960 :
une seconde vague avec une empreinte orientaliste (La Conscience de Krishna, 1966 ; Moon et Soka Gakkaï-Nichiren Shoshu) ou une orientation ésotérique ou gnostique (Rose-Croix, Scientologie, mouvements proposant des alternatives globales…).
On rejoint ici une autre approche de phénomène sectaire, fondé sur les critères de dangerosité : " sectes dangereuses " et " dérives sectaires " : c'est celle des RG et des trois rapports parlementaires qui sont à notre disposition :
Alain Vivien, Les sectes en France : expression de la liberté morale ou facteur de manipulation ? 1983 ;
Alain Gest (UDF) et Jacques Guyard (PS), Les sectes en France, 22.12.95 ;
Jacques Guyard (PS) et Jean-Pierre Brard (app. PC), Les sectes et l'argent, 1999.

22. Le paysage sectaire
- Il est difficile à appréhender et à chiffrer : le rapport de 1995 avançait les chiffres de 172 sectes pour un total de 130 000 membres. Le dernier document de la MIVILUDES précise : 100 mouvements actifs regroupant 1500 structures locales et environ 200 000 personnes.
- Typologie aujourd'hui admise en 12 catégories de groupes ou mouvements :
- les groupes Nouvel Age : ère du Verseau, millénarisme,
- les groupes alternatifs : aide humanitaire, transformation sociale,
- les groupes évangéliques et pseudo-catholiques (Moon, l'Alliance universelle, la Famille, Traditions Famille Propriété, Avenir de la culture…
- les mouvements apocalyptiques : Témoins de Jéhovah,
- les mouvements néo-païens : mythologies celtiques, nordiques (autour du Graal) …
- les mouvements satanistes,
- les mouvements guérisseurs : IVI,
- les mouvements orientalistes : Fédération française pour la conscience de Krishna, Soka Gakkaï…
- les mouvements ésotéro-occultistes : Rose-Croix d'Or, Ordre du Temple Solaire…
- les mouvements psychanalytiques : Eglise de Scientologie…
- les mouvements ufologiques : Raël…
- les mouvements syncrétistes : Les chevaliers du Lotus d'or = Mandarom.
- Remarques :
. Un certain nombre de groupes ou mouvements allient plusieurs types : dominant et associé.
. les courants prévalents sont : les groupes du Nouvel Age, les groupes guérisseurs, les groupes ésotériques, les groupes orientalistes, les groupes apocalyptiques.

23. Une parole dangereuse
- Il faut ici entrer plus profondément et plus finement dans le mécanisme des sectes et leur danger totalitaire. J'ai bien parlé d'exploitation de la situation actuelle par les sectes. Je m'inspire ici des travaux de Max Boulerlique.
- Si l'on veut y comprendre quelque chose, il faut être bien au clair sur une chose : les manœuvres sectaires n'auraient aucune chance de réussir si l'homme n'avait au fond de lui-même un inextinguible besoin de " religion ". Essayons de fonder cette affirmation :
1. Le propre de l'homme c'est d'être capable de conscience de soi, c'est-à-dire de prise de distance par rapport à soi : il élabore ainsi des images de soi auxquelles il s'identifie, qui deviennent ses identités, son Moi, et dont il cherche la confirmation dans le regard des autres. Il a besoin de savoir qui il est.
2. Mais il y a forcément décalage entre, d'une part le sujet tel qu'il est vu par lui-même et par les autres et d'autre part la présence qu'il a à lui-même : la part de lui-même qui voit ;
. Il y a aussi des situations déstabilisantes : deuil, perte de situation, crainte de l'avenir, peur de la maladie…
. Ces décalages, états dépressifs sont générateurs d'angoisse et fragilisent l'individu car ils correspondent à une perte des liens qui l'unissent à son monde : l'angoisse de ne plus savoir à quoi se raccrocher : le sentiment de déréliction = n'être plus relié à rien. Cette angoisse de déréliction révèle la nécessité de se relier à un au-delà de soi, à une transcendance.
3. C'est précisément le besoin de religion : de religare : relier, se relier à ; et relegere : accueillir-recueillir. Cet au-delà de soi n'est pas définissable au premier abord : Dieu ? Un Idéal ? Un Humanisme ? Une philosophie ? Cet au-delà n'est pas d'abord confessionnel. Il est d'abord de l'ordre d'une direction, d'un symbole qui me donne à penser, et d'un amour : ce mouvement de se relier et accueillir-recueillir est le mouvement même de l'amour, caractéristique de toute vraie religion ; il exclut la peur, vise l'universalité, la charité-compassion. Ce mouvement ne peut se réaliser que sur fond de confiance, de souci d'être sincère et fidèle. C'est la définition même de la foi. Ce souci d'être fidèle et sincère ouvre la foi à une constante recherche et remise en question, donc au doute.
4. En travaillant de la sorte que la foi va consommer l'angoisse comme un carburant et surtout lui donner sens. La religion et la foi construisent un chemin vers une connaissance de ce que nous devons être. Ce chemin est balisé par des croyances qui sont toujours à revoir et restent ouvertes à une meilleure compréhension : il y a un souci éthique (être plus fidèle) et un souci esthétique (savoir mieux exprimer les choses). L'angoisse devient supportable.
5. A l'inverse, il y a d'autres solutions face à cette angoisse :
- La distraction et l'étourdissement, la consommation, la drogue.. qui ne font que dissimuler l'angoisse.
- Il y a aussi la solution mise en œuvre dans les sectes et qui consiste à enfermer l'angoisse dans des croyances fermées : non plus des symboles qui donnent à penser et ouvrent sur un au-delà mais des images, des représentations figées, des idoles : le " je ne sais plus à quoi me raccrocher " devient " je sais parfaitement " Il n'y a plus de recherche de ce que je dois être (devoir) et comment je dois le dire, il n'y a plus d'auto-création traversant le doute, il n'y a plus qu'un Moi autosuffisant que le sujet ne voit plus (je ne me vois plus, je n'ai plus de recul sur moi-même) ; ce Moi auto-suffisant dénie tout ce qui le gêne (mauvaise foi), s'enferme dans ce monde de croyances fermées et lui obéit aveuglément dans un conformisme fusionnel, imperméable à tout esprit de doute. Il n'y a d'ailleurs plus besoin d'une présence personnelle à soi-même ; elle est remplacée par la présence collective au gourou: on est dans l'uniformisation des êtres, la répétition des images, la psychose et le délire. Vous reconnaissez le chemin des sectes totalitaires.

3. CHANCES ET DIFFICULTES DES SECTES

31. Une situation de grande vulnérabilité qui les sert
- Elle tient, comme nous l'avons vu, à un besoin de se retrouver soi-même dans un monde éclaté, stressé, hyper-technicisé, hyper-rationnel, mais sans sens (au double sens de signification et de direction), sans certitudes spirituelles ; besoin creusé par un vide, une " béance " religieuse qui provoque un retour du refoulé de l'homme contemporain qui a besoin de mythes et de symboles.
- Cette ré-émergence peut se faire sous plusieurs formes : chrétienne (mouvements de renouveau, nouvelle évangélisation, communautés de bases, synodes diocésains…) ; orientale, musulmane (conquête, intégrismes…), naturelle-païenne (vu plus haut).
- Elle peut connaître deux propositions tentantes :
. le syncrétisme (chacun se concocte sa propre religion en puisant librement dans le Christianisme, l'Orient, l'Esotérisme, les psychotechniques.. et se fabrique une religion douce, sur mesure) ;
. le fondamentalisme (mécanisme de défense et de lutte pour protéger ses convictions traditionnelles, recherche de sécurité contre un monde extérieur considéré comme le règne de Satan).

32. Les sectes sont fortes de leurs stratégies
- Un système de filiales et de réseaux leur permettant facilement de s'auto-dissoudre et de renaître ;
- Une propagande et des techniques de recrutement sofistiquées et très efficaces :
. la phase de séduction (propositions alléchantes, masques)
. la phase de persuasion (crédible, cohérent, consistant, congruent),
. la phase de fascination (volonté d'engagement). Alors peut commencer la phase de déconstruction-reconstruction.
- Des thèmes accrocheurs qui sont autant de masques :
. les thèmes éthiques : DH, libertés, tolérance…
. les thèmes écologiques : Ecoovie,
. les thèmes médicaux : maladies prétendument curables, soins palliatifs, désintoxication…
. les thèmes culturels : conférences, cycles de formation…
. les thèmes éducatifs : écoles privées, soutien, rattrapage…
. les thèmes de développement de votre potentiel humain,
. les thèmes liés à l'épanouissement de votre sexualité…

33. Les sectes sont fortes de la vulnérabilité de la démocratie et de la laïcité
La démocratie leur fournit un cadre équilibré de trois grandes libertés :
. la liberté de conscience (art.10 de la DDHC 1789 ; art.2 Constitution 1958) ;
. la liberté de réunion (loi de 30 juin 1881) ;
. la liberté d'association (art.2 loi du 01.07.1901), d'association cultuelle ( loi du 09.12.1905) ;
Assorties de trois limites :
. le respect de l'ordre public,
. le respect de la liberté et des droits d'autrui,
. le respect du principe de laïcité, ce qui oblige l'Etat à la neutralité et l'empêche de donner une définition juridique des religions, ce qui sert les sectes !

34. Les sectes ne sont pas imprenables !
Elles commettent des illégalités nombreuses et variées :
. atteintes physiques à la personne humaine : mauvais traitements, coups et blessures, séquestration, non-assistance à personne en danger, pratique illégale de la médecine ;
. violations de certaines obligations familiales, notamment de parents adeptes de sectes à l'égard de leurs enfants ;
. diffamation, dénonciation calomnieuse ou violation de la vie privée ;
. fraude fiscale ;
. escroquerie, tromperie ou abus de confiance ;
. violations du droit du travail ou de celui de la sécurité sociale.
C'est sur ces terrains que les sectes sont attaquables en justice.

35. Un discernement est possible !
Ce qui peut " vous mettre la puce à l'oreille " :
- concernant la conversion du sujet
La distinction n'est pas facile, car dans le cas d'une conversion sectaire comme dans le cas d'une conversion religieuse, un certain nombre d'éléments sont communs :
- mêmes traits psychologiques (soudaineté, choc, certitude d'absolu, sentiment de paix..)
- mêmes images pour la décrire (lumière, transparence, éblouissement…)
- mêmes réactions physiologiques (larmes, allégresse, envie de chanter et de danser…)
-mêmes expériences transformantes (retournement intérieur, don aux autres, engagement sans retour)
Mais dans le cas d'une conversion religieuse, et particulièrement chrétienne, perception de la grâce : mouvement de fond perçu comme attirance et appel, venant d'un au-delà de lui-même (transcendance) / " éveil " dans les sectes gnostiques, l'ésotérisme ; salut venant de l'homme seul, de ses techniques (pas de transcendance ou fausse transcendance).
- concernant le fonctionnement du groupe
Selon qu'il s'agit d'une secte ou d'une religion…
1. Un maître, référence unique, agissant en séducteur et en despote / tous les membres sont frères et sous la même Parole.
2. Un savoir total et une réponse immédiate à tous vos problèmes / un message de salut qui accueille les grands pourquoi de l'existence, sans prétendre tout expliquer.
3. Les certitudes du groupe provoquent des ruptures des coupures avec le passé, les amis, la famille, les connaissances et les manières de vivre / dialogue.
4. Embrigadement, manipulation / engagement libre et réfléchi.
5. Initiation sans aucune réflexion critique / intelligence raisonnée de la foi.
6. Exploitation de l'adepte (travail, argent…) / pas d'exigences qui détruisent l'équilibre personnel et familial.
7. Dangers multiples pour la santé, les libertés, l'éducation des enfants / respect des libertés et de l'équilibre de vie, repères et contrôles.
8. Prosélytisme par séduction, contrainte, harcèlement / proposition de la foi.
9. Emprisonnement des adeptes dans leurs confidences et des pratiques partagées, menaces de chantage / distinction entre le for interne et le for externe.
10. Exclusion de toute diversité et de tout dialogue / acceptation de la diversité et dialogue entre les diverses tendances.
… En étant conscient que toute religion, toute Eglise, toute spiritualité, toute idéologie sont toujours menacées de dérives sectaires dans leur fonctionnement.

4. INTERPELLATIONS AUX EGLISES CHRETIENNES

Cette nouvelle religiosité, cette spiritualité hors frontières sont autant de défis pour le Christianisme. Les Eglises sont invitées à quatre efforts :
41. Promouvoir une religion fondée sur une expérience personnelle, qui parle au cœur autant qu'à l'intelligence :
- Retrouver le sens d'une expérience spirituelle personnelle, de la mystique comme " connaissance de Dieu par expérience " ou comme expérience fruitive de l'absolu " dit Jacques Maritain,
- Remettre en valeur le Christianisme comme sagesse du corps, paix du cœur, harmonie avec la création, comme " école de spiritualité ".
- Favoriser l'initiation chrétienne comme cheminement,
- Nous interroger sur le climat froid, compassé et le langage cérébral de certaines de nos liturgies,
- Des paroles d'éveilleurs et de témoins plus que de dogmaticiens,
- Développer la participation du chrétien à l'animation et la direction des communautés.

42. Promouvoir l'intelligence de la foi :
L'analphabétisme religieux est croissant et massif ;
Promouvoir la formation chrétienne de tous les adultes,
Urgence de l'évangélisation de la culture en Occident.

43. Retrouver une saine gestion du sacré et des gestes religieux :
- Accueillir les demandes de la religion populaire, prendre en compte la soif de sacré,
- Retrouver le sens de la paroisse comme service public du besoin religieux,
- Favoriser un travail sur l'imaginaire et le symbolique : attention au purisme, mais attention aussi à l'imaginaire perverti.
- Retrouver le sens de l'attente eschatologique, du retour du Christ.

44. Rejoindre les hommes en recherche et nous déplacer parfois aux frontières :
- Nous ne sommes propriétaires ni du spirituel, ni du religieux, ni de la Bonne Nouvelle, mais nous devons en être les témoins et nous en sommes responsables.
- Evangéliser dans le néo-paganisme, avec discernement, ce qui est évangélisable.
- Aller sur ces terres nouvelles qui sont celles des " chercheurs de Dieu hors frontières ".

CONCLUSION
- Toute société et toute civilisation a les sectes qu'elle mérite ; tout rejet de la transcendance se paie, et parfois très cher. Nous sommes dans des sociétés malades de Dieu, de l'absence de Dieu.
- Une vraie religion est profondément humanisante, mais elle est fragile, elle peut être pervertie, instrumentalisée, manipulée.
- Beaucoup de prétendus " religieux " ne sont en fait jamais nés " spirituellement " : pas de rencontre spirituelle au sens fort du terme.
- De gros défis pour le Christianisme.

Conférence des Lundis de la MSP
YG 070205


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